Il est des ruptures qui font date. Devant l’évêché d’Assise et une foule stupéfaite, François d'Assise pose un acte qui va changer la face du monde. Alors que son père, Pierre Bernardone, ivre de colère, lui demande des comptes, François se dépouille de ses vêtements et proclame : « Jusqu’ici, je t’ai appelé père sur la terre ; désormais, je peux dire : “Notre Père qui es aux cieux”, puisque c’est à Lui que j’ai confié mon trésor et donné ma foi. »
En rendant à son père jusqu’à ses derniers vêtements, il se retrouve nu sous le regard de tous. L’évêque lui offre alors la protection de son manteau et de l’Église afin qu’il puisse continuer à suivre librement le Christ.
Pour ses anciens amis, ce dépouillement ressemble à une déchéance. Pour François, c’est le jour de ses noces. Il vient d’épouser Dame Pauvreté. Mais ne vous y trompez pas : pour le Poverello, la pauvreté n’est jamais une privation subie avec tristesse. C’est une liberté conquise de haute lutte. En choisissant de ne plus rien posséder en propre, il découvre qu’il possède tout comme un don, à commencer par la Création.
C’est la grande leçon de François : la pauvreté est une forme de disponibilité radicale. Libéré du poids des serrures, des inventaires et des sécurités illusoires, il peut enfin courir léger sur les chemins. Il devient ce « mendiant » de Dieu, conscient que nous arriverons tous les mains vides devant le Seigneur. Cette pauvreté de cœur n’est pas un manque, c’est un espace vide où Dieu peut enfin s’installer. Elle est, pour lui, la voie royale de la sainteté.
Saint François d'Assise a écrit une prière intitulée : « Salutation des vertus » :
« Salut, reine Sagesse, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte et pure Simplicité.
Dame sainte Pauvreté, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte Humilité.
Dame sainte Charité, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte Obéissance.
Vous toutes, saintes Vertus, que le Seigneur vous garde, lui de qui vous procédez et venez. »
* Illustration : Renonciation de saint François d'Assise aux biens de ce monde - Giotto
À vous la parole
3 commentaires
Rédiger un commentaire« Merci, c'est intéressant de redécouvrir cet homme.. La lecture du Très-bas de Xistian Bobin a été une révélation pour moi. »
Marie Christine - 18 juin 2026 - 13:59
« Seigneur,
apprends-moi la pauvreté du cœur.
Non celle qui méprise les biens,
mais celle qui refuse d’en faire des chaînes.
Délivre-moi des serrures intérieures,
des fausses sécurités,
des trésors que ... »
Marlène - 18 juin 2026 - 9:42